Évaluation externe finale du projet « Campagne de plaidoyer Tournons La Page pour l’alternance démocratique en Afrique subsaharienne »

1. PRÉSENTATION DU PROGRAMME

Contexte général et justification

Depuis plusieurs décennies, la persistance de régimes autoritaires et de pratiques de gouvernance répressives dans de nombreux pays africains constitue un obstacle majeur à la consolidation démocratique, au respect des droits humains et à la participation citoyenne. Malgré les aspirations des populations à davantage de liberté, de justice sociale et d’alternance politique, plusieurs États du continent continuent de connaître une forte concentration du pouvoir, une restriction des libertés fondamentales et un affaiblissement des mécanismes de contrôle démocratique.

En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, ces tendances prennent différentes formes : modifications constitutionnelles favorisant le maintien au pouvoir, processus électoraux contestés, restrictions de l’espace civique ou encore transmission dynastique du pouvoir. Au Togo, la famille Gnassingbé conserve le pouvoir depuis 1967, tandis qu’au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso domine la vie politique depuis plusieurs décennies. Au Gabon, la chute de la dynastie Bongo en août 2023 a marqué une rupture historique, sans pour autant dissiper toutes les interrogations relatives à la consolidation démocratique et à la gouvernance du pays.

À ces dynamiques s’ajoute la progression de l’extrémisme violent dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest. Initialement concentrée dans les zones sahéliennes, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’activité des groupes armés s’est progressivement étendue vers les régions septentrionales des pays côtiers, particulièrement dans le nord du Bénin et du Togo, ainsi que dans certaines zones frontalières de la Côte d’Ivoire. Cette expansion fragilise davantage des territoires déjà confrontés à des difficultés économiques, sociales et institutionnelles. Elle s’accompagne également de réponses sécuritaires qui, lorsqu’elles ne respectent pas les droits fondamentaux, peuvent contribuer à restreindre davantage l’espace civique.

Parallèlement, la région a connu une succession de coups d’État militaires : au Mali en août 2020 et mai 2021, en Guinée en septembre 2021, au Burkina Faso en janvier et septembre 2022, et au Niger en juillet 2023. Ces prises de pouvoir par la force, souvent justifiées par leurs auteurs au nom de la sécurité, de la souveraineté nationale ou de la lutte contre la corruption, ont profondément bouleversé les équilibres politiques régionaux et soulevé de nouvelles inquiétudes quant aux perspectives de retour à un ordre constitutionnel démocratique.

Dans ce contexte, les organisations de la société civile, les défenseurs des droits humains, les journalistes indépendants et les mouvements citoyens sont confrontés à des pressions croissantes. Arrestations arbitraires, intimidations, restrictions des libertés de réunion et d’expression, campagnes de stigmatisation ou encore entraves administratives limitent leur capacité à exercer leur rôle de veille, de mobilisation et d’interpellation des pouvoirs publics. Dans certains contextes, les voix critiques sont assimilées à des menaces pour la stabilité nationale, voire accusées de soutenir des intérêts étrangers ou des organisations terroristes.

Face à ces défis, le renforcement des capacités d’action des sociétés civiles, la protection des défenseurs des droits humains et la construction de solidarités entre les mouvements citoyens apparaissent essentiels pour préserver les espaces de participation démocratique et promouvoir des formes de gouvernance plus transparentes, inclusives et responsables.

C’est dans cette perspective qu’a été lancée, en octobre 2014, la campagne Tournons La Page (TLP), à travers un appel signé par 550 organisations et personnalités d’Afrique et d’Europe. Née de la volonté de promouvoir l’alternance démocratique et de lutter contre la confiscation du pouvoir, TLP s’est progressivement structurée en un mouvement citoyen transnational, puis en association, afin de renforcer ses capacités d’action, de coordination et de plaidoyer.

Ses interventions s’articulent autour de trois grandes orientations complémentaires :

  • Promouvoir la démocratie, l’alternance politique et la bonne gouvernance, en encourageant la participation citoyenne et le respect des principes démocratiques.

  • Défendre les droits humains et protéger les acteurs de la société civile, notamment les défenseurs des droits humains confrontés à des menaces, des intimidations ou des formes de répression.

  • Renforcer la mobilisation citoyenne et le plaidoyer collectif, afin d’influencer les décisions publiques et de promouvoir des changements institutionnels favorables à la justice, à la paix et à la redevabilité.

Aujourd’hui, TLP rassemble plus de 150 organisations de la société civile, structurées en 11 coalitions nationales africaines et une coalition européenne. Cette diversité constitue l’une des principales forces du mouvement, qui réunit des organisations de défense des droits humains, des associations confessionnelles, des syndicats, des mouvements de jeunes et de femmes ainsi que d’autres acteurs engagés dans la défense des libertés fondamentales.

Depuis sa création, TLP a développé de nombreuses initiatives : campagnes de sensibilisation et de mobilisation citoyenne, actions de plaidoyer auprès des institutions nationales, régionales et internationales, accompagnement des défenseurs des droits humains menacés, production d’analyses et de rapports, organisation de manifestations pacifiques et dialogue avec les décideurs publics.

À travers ces interventions, le mouvement cherche à contribuer à la transformation des pratiques de gouvernance en articulant les mobilisations citoyennes nationales, les solidarités régionales et les mécanismes internationaux de défense des droits humains.

Stratégie de TLP

La stratégie de Tournons La Page repose sur une articulation entre l’action des coalitions nationales, la mobilisation collective du réseau et le plaidoyer auprès des institutions régionales et internationales. Elle vise à renforcer la capacité des organisations de la société civile à peser sur les décisions politiques, à défendre les libertés fondamentales et à promouvoir une gouvernance démocratique fondée sur la participation citoyenne et la redevabilité des institutions.

Conscient que les transformations démocratiques s’inscrivent dans des processus de long terme, TLP privilégie une approche combinant mobilisation citoyenne, production de connaissances, renforcement des capacités des organisations membres et construction d’alliances avec d’autres acteurs de la société civile.

Dans cette perspective, le mouvement assume une double fonction : celle de lanceur d’alerte, en documentant et en dénonçant les atteintes aux droits humains, les restrictions de l’espace civique et les pratiques de confiscation du pouvoir ; et celle de force de proposition, en formulant des recommandations concrètes destinées à améliorer les politiques publiques et les mécanismes de gouvernance.

Cette stratégie s’appuie sur la complémentarité entre les actions menées au niveau national par les coalitions membres et les initiatives portées collectivement auprès des organisations régionales et internationales. Elle cherche également à renforcer la coopération, la solidarité et la circulation des expériences entre les différentes composantes du réseau.

Depuis 2016, les activités de plaidoyer de TLP bénéficient du soutien de MISEREOR et du CCFD-Terre Solidaire, à travers des financements pluriannuels. Depuis janvier 2024, un programme triennal soutient plus spécifiquement les actions de plaidoyer international du Secrétariat international, avec pour objectif de renforcer la mobilisation des acteurs de la société civile, de favoriser les initiatives collectives et de contribuer à la promotion de l’alternance démocratique en Afrique.

2. OBJECTIFS DE L’ÉVALUATION

Depuis sa création en 2014, TLP a œuvré à la structuration de ses coalitions et au renforcement de son organisation. Face aux évolutions politiques récentes, notamment au recul de la démocratie au niveau mondial et à la croissance significative du mouvement, il devient essentiel d’identifier les réussites et les échecs des activités de plaidoyer menées dans le cadre du programme de plaidoyer. Cette évaluation permettra non seulement d’ajuster l’approche actuelle, mais aussi de réfléchir aux stratégies futures. Les résultats de cette évaluation permettront à TLP de renforcer sa stratégie et de préciser les formes de plaidoyer à privilégier lors de ses campagnes de dénonciation des abus de pouvoir et de promotion de la démocratie. Cette évaluation finale devra répondre à plusieurs questions clés, organisées autour de six axes principaux.

Pertinence : L’approche adoptée par TLP est-elle susceptible de contribuer, directement ou indirectement, à résoudre les problèmes de démocratie et de bonne gouvernance ? Les thèmes initialement prévus étaient-ils réalistes au regard des actions menées ? Quels sont les points forts et les faiblesses dans la conception et l’exécution du plaidoyer du Secrétariat international ?

Cohérence : Quelles synergies et liens existent en matière de plaidoyer entre les coalitions nationales et entre celles-ci et le Secrétariat ? Dans quelle mesure le plaidoyer du Secrétariat international constitue-t-il une réelle plus-value pour les coalitions, leurs membres et leurs alliés ?

Efficacité : En quoi le contenu du plaidoyer du Secrétariat international et ses méthodes de communication ont-ils contribué à renforcer le combat démocratique des coalitions nationales et des alliés ? Quel est le degré d’implication des coalitions dans la mise en œuvre du plaidoyer ?

Efficience : Dans quelle mesure les ressources (financières, humaines et informationnelles) ont-elles été utilisées de manière optimale au regard des résultats atteints ? Ces ressources étaient-elles suffisantes par rapport aux objectifs fixés ? Effets et impact : Dans quelle mesure les capacités de plaidoyer des coalitions nationales ont-elles été renforcées ? Quel a été l’impact du plaidoyer sur les stratégies et les actions des coalitions ?

Effets et impact : Dans quelle mesure les capacités de plaidoyer des coalitions nationales ont-elles été renforcées ? Quel a été l’impact du plaidoyer sur les stratégies et les actions des coalitions ? Durabilité : Quel a été le degré d’appropriation des méthodes et des thèmes du plaidoyer par les coalitions et les alliés du mouvement ? Le plaidoyer de TLP est-il stratégiquement bien positionné vis-à-vis des bailleurs, des pouvoirs publics, des médias et des autres ONG du secteur ?

Durabilité : Quel a été le degré d’appropriation des méthodes et des thèmes du plaidoyer par les coalitions et les alliés du mouvement ? Le plaidoyer de TLP est-il stratégiquement bien positionné vis-à-vis des bailleurs, des pouvoirs publics, des médias et des autres ONG du secteur ?

3. MÉTHODOLOGIE DE L’ÉVALUATION

L’évaluation finale du plan stratégique 2024–2026 adoptera une approche participative et inclusive, associant le Secrétariat international, les membres du bureau, les coalitions nationales, les partenaires techniques et financiers, et les membres du réseau. Une attention particulière sera portée à la diversité des contextes d’intervention.

L’évaluation cherchera à identifier les facteurs les plus pertinents pour agir, via le plaidoyer, sur la promotion et la défense de la démocratie. Elle proposera des axes d’améliorations tant sur le contenu (les thèmes) que sur les modalités de sa réalisation (moyens, rythmes, fréquences, outils et support utilisés, publics cibles, …).

Le/la consultant·e proposera une méthodologie mixte, combinant méthodes qualitatives et quantitatives, incluant notamment :

  • Une analyse documentaire (Plan stratégique, cadre logique, conventions de projet, audits, rapports internes, plans d’action, bilans, rapports financiers, etc.) ;

  • Des entretiens semi-directifs avec les membres de l’équipe du Secrétariat international, les membres du CA et du Bureau, ainsi qu’avec des représentants de coalitions nationales impliquées dans des missions de plaidoyer.

La méthodologie proposée par le/la consultant·e devra intégrer les principes d’éthique, de respect de la confidentialité, et de redevabilité vis-à-vis des personnes consultées. Elle sera évaluée comme un critère clé de sélection.

4. ASPECTS TECHNIQUES

Calendrier

  • Lancement de l’appel d’offres : 26 octobre 2026

  • Date limite de réception des offres : 9 novembre 2026

  • Sélection : 23 novembre 2026

  • Démarrage de l’évaluation et réunion de cadrage : Première semaine de décembre 2026

  • Rapport provisoire : 29 janvier 2027

  • Restitution : 12 février 2027

Budget

Le budget pour cette évaluation est de 9 000€ TTC. Ce montant intègre les honoraires du.de la consultant.e et les frais de déplacements éventuels pour la restitution à Paris.

5. LIVRABLES ATTENDUS

  • Une note de cadrage méthodologique (max. 5 pages) ;

  • Un rapport provisoire (version Word, 15–20 pages hors annexes) ;

  • Une restitution intermédiaire (présentation PowerPoint) ;

  • Un rapport final incluant : résumé exécutif, analyse par critère, recommandations classées, annexes (outils, entretiens, bibliographie…) en versions anglaise et française.

6. PROFIL RECHERCHÉ

Pour réaliser ce travail nous prévoyons un.e consultant.e d’un niveau minimum Master. Le/la consultant.e, outre leurs expériences en matière d’évaluation, devront allier les qualités suivantes :

  • Formation en sciences humaines (genre, sciences politiques, droit international, relations internationales, économie, sociologie)

  • Très bonnes capacités rédactionnelles et d’analyse

  • Connaissance des problématiques internationales liées aux droits humains, et en particulier des questions liées aux transitions politiques et démocratiques et plus largement aux droits civils et politiques en Afrique.

  • Capacité à explorer des projets à acteurs multiples

  • Bonne connaissance des zones d’intervention

  • Bonne connaissance des acteurs institutionnels et médiatiques français, européens et de l’ONU est un plus.

Les consultants auront une expérience confirmée de l’évaluation de plaidoyer et maîtriseront les outils de l’analyse de questions ouvertes et de dialogues.

Le/la consultant·e ou cabinet devra justifier :

  • D’au moins 5 ans d’expérience dans l’évaluation de programmes stratégiques ou d’ONG internationales ;

  • D’une excellente compréhension des enjeux de la démocratie, de la société civile et des droits humains en Afrique ;

  • D’une capacité à analyser les dynamiques de réseaux et d’alliances transnationales ;

  • D’une expérience avérée en missions terrain en Afrique ;

  • D’une parfaite maîtrise du français (oral et écrit). La connaissance de l’anglais est un atout ;

  • D’un bon esprit de synthèse, d’analyse stratégique et de formulation de recommandations opérationnelles ;

  • Une connaissance du réseau de Tournons La Page est un plus.

7. MODALITÉS DE SOUMISSION

Les candidat·es devront soumettre :

  • Une proposition technique (compréhension des TDR, méthodologie, plan de travail, CV, références) ;

  • Une proposition financière détaillée en euros TTC ;

  • Un exemple de rapport d’évaluation déjà réalisé ;

  • Trois références.

Les offres sont à envoyer avant le 10 novembre 2026 aux adresses suivantes : wassim.ouameur@tournonslapage.org et hortense.tollu@tournonslapage.org avec comment objet « Évaluation Plaidoyer TLP 2024–2026 ». Seules les candidatures présélectionnées seront contactées.